

+/- 1947
Donc
voici notre Léon (Tonton) à Muchuni quelques années avant notre arrivée,
il était parti en bateau sur
Tonton lisait un livre à l’ombre créée avec une bâche attachée à ce qu’on pourrait appeler le poste de pilotage. Je dois également signaler que tous les européens reçoivent un surnom des noirs, Tonton lui c’était Katembo ce qui signifie le lion, sans doute pour faire allusion à son courage et sa position de chef.
Donc
le bateau remontait la rivière lorsque soudain un noir appelle Tonton.
Je
vous passe l’accent des noirs car ceci est une traduction littérale du kikongo,
parlé dans la région qui devrait ressembler à ceci :
" Katembo ! tala cunaa "
(suivant la longueur du aa, vous pouvez calculer la distance....)
Il demanda à son planton son fusil gros calibre, et visa le croco, au premier coup il le toucha mais ces petites bêtes sont résistantes et le voici qui veut rentrer dans l’eau pour se cacher.
Tonton rechargea son arme, le visa à nouveau et le croco fit une grande embardée dans sa fougue pour rejoindre la rivière et s’écrasa juste devant l’eau. Cette fois il ne bougea plus, la joie des indigènes éclata en pensant au festin qu’ils allaient faire le soir. Le plus difficile restait à faire, le bateau ne pouvait s’arrêter en quelques mètres, il fallait donc trouver un endroit pour faire demi-tour, ce qui fut fait bien plus haut et en toute sécurité pour ne pas attraper un morceau d’arbre ou d’une souche qui aurait pu se trouver dans le fond de l’eau ce qu’on appelle là-bas un snag. En revenant, le bateau s’immobilisa le plus près possible de la berge et les indigènes se mirent à l’eau pour arrimer le croco afin de le remonter sur le bateau. Comme il n’y avait pas beaucoup de place, ils ont dû le mettre à côté de Tonton, c’était vraiment un beau spécimen de quatre à cinq mètres de long. Après avoir à nouveau tourné pour continuer leur voyage, les noirs se mirent à chanter pour raconter comment Katembo avait vaincu le croco, si bien qu’en passant devant les petits villages les habitants se mirent à leur tamtam. Dans chaque village il y a un tamtam spécial pour les communications longues distances et bientôt toute la région était au courant.
Ils arrivèrent en fin d’après-midi à Fumu-Putu, le beach était déjà « noir de monde », tout le monde voulait voir le croco et surtout en avoir un morceau, les indigènes entreprirent de le descendre du bateau et de l’allonger sur le beach. C’est à ce moment là que notre petite bête se mit à remuer de la queue, du coup le beach fût vide en moins de temps que de l’écrire, il n’y avait plus que Katembo et son planton. Le planton comme je l’ai dit, était d’une autre ethnie et beaucoup plus courageux et puis si Katembo restait, il ne pouvait le laisser tomber. Le fusil étant encore à bord, il fallait agir très vite, le planton trouva une masse et se mit à califourchon au-dessus de la bête et entrepris de lui marteler le crâne, le croco lui n’avait qu’une seule idée dans ce qui lui restait de tête ; regagner la rivière. Mais notre planton sous le regard ébahi de Tonton ne lâcha pas prise et après une bonne dizaine de coups, le croco finit par capituler le crâne complètement défoncé. Du coup les villageois refirent leur apparition, Tonton n’en revenait pas qu’il avait passé un après-midi à côté d’un croco qui n’était qu’assommé. Le planton entreprit le découpage de la bête et le soir ce fût la grande fête.
Voilà ce que
racontait Katembo devant une assistance d’européens, toujours
émerveillés de le voir revivre les scènes de son aventure, même si c’était la
xième fois qu’ils entendaient l’histoire ponctuée de ses fameux « héné pas
hein ! ». Mais c’était l’ambiance que pouvait créer Tonton, le soir après le
travail avec tous ses agents autour de lui.