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FILMS de Jean Suys - le film complet de la baleinière

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Séquence 1 : La route des Poids Lourds (rebaptisée L’avenue GENERAL BOBOZO) Puis le couloir long d’environ 200 mètres par où passent toutes les marchandises apportées par les baleinières et tout ce qu’on y amène aussi, comme ce fût d’essence qu’ils roulent et qui devient carré et troué. Les trous se réparent avec une boulette de savon. Le film est fort tremblé parce que nous avions l’autorisation de filmer seulement la mise à l’eau de la « ANNE ». Elle portait son caméscope à l’épaule comme si elle ne filmait pas.

Séquence 2 : Au moment où Raphaël, le constructeur de la baleinière, a commencé le travail, j’avais remarqué qu’il y avait une épave entre l’emplacement de la construction et le fleuve. Il avait répondu : « Petit problème, Monsieur Jean ! ». Le jour de la mise à l’eau, il a fallu une matinée pour dégager l’épave. Nous avions engagé une quarantaine d’hommes pour pousser la « ANNE » à l’eau, au prix de l’équivalent d’un Euro la journée.

Séquence 3 : Le constructeur, Raphaël, est l’homme qui porte la vareuse SUZUKI. Anne baptise son « enfant ». Elle verse de la « Skol » tout autour de la baleinière, en hommage aux ancêtres toujours présents, puis boit elle-même pour trinquer avec eux. Elle déteste la bière mais ne pas se plier à cette coutume serait un affront pour les « ancêtres » de ne pas boire avec eux «  à leur soif » comme on dit « là-bas » au lieu de « à leur santé »  chez nous. Sans ce baptême et la protection des « ancêtres » personne ne serait monté à bord. Partout dans le monde on « baptise » les bateaux d’ailleurs.

Séquence 4 : Le fleuve entre Kinshasa et Maluku. Une tante d’Anne venue de Belgique accompagne un bout de « fleuve ». Etienne le capitaine pour ce voyage-là. Les moteurs EVINRUDE 25 HP. Mafuta, le gentil et dévoué, dont tout l’équipage profite, fait la vaisselle avec l’eau du fleuve évidemment. La cale de la baleinière. La barza où nous nous tenions et notre petit confort. Nos lieux « d’aisance » avec notre wc chimique. Dans le « chenal » à Mengengege avant Maluku. La « coque », petite baleinière sans moteur louée pour augmenter la capacité de chargement. Isabelle à la « cuisine ». Une baleinière locale outrageusement chargée. Ne pas s’étonner des naufrages du fait que les baleinières ont un fond plat et qu’il faut respecter le centre de gravité, précaution trop souvent négligée.  Une baleinière construite par une ONG canadienne à Nioki sur la M’fimi. Belle réalisation mais ingouvernable par vent un rien important du fait de la hauteur trop importante de son château arrière. La nécessité de mêler les techniques occidentales aux coutumes locales.

Séquence 5 : Encore des baleinières locales. Les pirogues des villageois accostent pour vendre leurs produits. Nous achetons des jeunes feuilles de manioc pour préparer le « pundu » (saka-sake, sombé). Ceci ne va pas sans palabres et marchandages. Remarquer les jacinthes d’eau, cette plaie pour la navigation parce qu’elles s’enroulent autour des hélices. Kwamouth, confluent du fleuve et du Kasaï. Encore la coque louée. Préparation du « pundu » suivant les méthodes ancestrales. Pas à comparer avec le « pundu » qu’on vend en boite dans les grandes surfaces en Europe.

Séquence 6 : Sur la Kasaï à Itubi, petite exploitation de bois tenue à l’époque par un Portugais. Déchargement de la « Skol ». Isabelle pile et prépare le « pundu » d’excellente qualité à Itubi. Je discute des prix de la bière et des « sucrés ». Un palmier avec les nids d’oiseaux qui pendent aux branches pour éviter les serpents. Une partie de la bière a été payée en planches que nous revendrons à Kinshasa avec un beau bénéfice. Anne, la sœur d’Isabelle.

Séquence 7. En navigation sur le Kasaï près de Mushie. Tantine Rosette (l’homme à la pelisse malgré les 30° de température extérieure – appelé ainsi du nom de son bar) a embarqué Anne à bord de sa pirogue à moteur pour lui permettre de filmer le convoi. Accostage à Mushie où nous avons trois bars importants à approvisionner en « Skol ». C’est pour cette raison que « Tantine Rosette » a accosté la baleinière en cours de navigation pour être certain d’obtenir son quota.
Séquence 8 : Isabelle aide Anne à se laver les cheveux… à l’eau de la rivière évidemment. Plus tard les rôles seront inversés. Sur le Kasaï. Remarquer la force du courant malgré la largeur.  Nous progressons à la « montée » à du 5/6 kms/h. La nuit est tombée. Anne a ramené de Belgique des plafonniers de voiture et le matériel pour charger une batterie dans la journée lorsque les moteurs tournent. Nous avons maintenant de la lumière le soir. Mafuta, chargé des mélanges essence/huile à l’œuvre sous haute surveillance. Il oublierait une fois l’huile et les moteurs grilleraient. On croise un pousseur et une barge bien « bombée » comme on dit « là-bas ». La belle et sauvage Kwilu. Nous avions failli emboutir un bateau qui descendait la rivière. Le capitaine avait mal interprété les panneaux du code fluvial et je lui explique. Encore un capitaine qui a acheté son diplôme au « mwenze » (marché) probablement !
Séquence 9 : A Beno/s/Kwilu où les Pères Missionnaires ont ouvert une école pour sourds-muets et une plantation d’agrumes. Sans eux, la brousse resterait la brousse, sauvage et improductive. Dans un village des adolescentes jouent du tam-tam dans l’eau et en tirent, en effet, des sons très semblables. Autre village : des commerçants viennent nous vendre et acheter nos produits – palabres et marchandages. Nous mangeons ce que nous trouvons. Pour son petit-déjeuner Anne étend une banane sur son pain. A MABAYA ma fierté, à 4 kilomètres en amont de Tshibane et mon premier dépôt encore en construction. Je peux me vanter d’avoir découvert ce coin et de l’avoir développé. Le terrain m’a été offert par le Chef Coutumier et voulait l’appeler PORT JEAN. J’ai refusé. Je ne voulais pas que les chiens viennent encore pisser sur ma pancarte lorsque j’aurai disparu et que plus personne ne se souviendra pourquoi avoir baptisé ce petit port :PORT JEAN. Nous montons rendre hommage au Chef Coutumier. Photo des villageois. Cent-Vingt examine la qualité des cossettes de manioc qu’on nous propose avec une énorme mauvaise fois, histoire de rabaisser les prix et d’entamer les palabres. En brousse.
Séquence 10 : A Mabaya, à ma demande le chef coutumier a fait couper un gros arbre pour me construire une pirogue. Elle me permettrait de charger jusqu’à 2 tonnes dans les villages sans accoster chaque fois la baleinière. Je n’ai pas pris la peine de chausser mes baskets et marche en « mapapa ». Anne, plus prudente s’est donné la peine de chausser ses baskets. La pirogue en construction. Les enfants du village avec leur gros ventre de rachitiques. Pourtant des fruits il y en a beaucoup mais ils n’en mangent guère. Nous les recevons en pagaille : oranges, pamplemousses, papayes, citrons, mangues, ananas etc. Les cossettes de manioc doivent tremper 3 jours dans de l’eau courante pour leur enlever leur matière vénéneuse (arsenic). Un bel ananas. Notre chariot de chargement que nous amenons partout avec nous. Le chargement. Tout l’équipage travaille au chargement, le capitaine aussi. Ici, pas de syndicat et tout le monde bosse, samedis et dimanches compris. Plus vite on va, plus vite on est payé. Tous ont bien compris le « time is money ».
Séquence 11 : Cent-Vingt l’infatigable travailleur qui parlait toujours, non sans raison, de son AMOUR DU TRAVAIL. A Djuma s/ Kwilu, un camion de l’UNESCO (ou OXFAM ?) traverse avec le bac pendant que nous complétons le chargement.  La baleinière avec ses trente tonnes chargées, le retour s’effectue dans la détente. L’équipage est content aussi et Etienne, le capitaine, chante de tout cœur. J’ai acheté un régime de bananes à un piroguier qui a accosté le convoi et dont profiteront tous les hommes. Les cales sont pleines, les hommes restent sur le pont et y dormiront.
  Pour terminer ce voyage avec le sourire, une anecdote racontée déjà dans le tome 1 de JE VENDAIS DE LA SKOL SUR LE FLEUVE ZAÏRE.

La bonne humeur règne à bord comme toujours à l'approche d'une fin de voyage.

Les hommes plaisantent, se taquinent, supputent déjà le plaisir de retrouver leurs femmes et enfants, même si le périple leur a procuré de larges compensations dans ce domaine.

A moins de soixante minutes de notre port d’attache, nous longeons la rive du fleuve à quelques mètres pour profiter au maximum du courant très rapide à cet endroit.

Au détour d'un virage, un homme tout ce qu'il y a de plus nu, accroupi sur un petit rocher émergé à un mètre de la rive, défèque bien tranquillement, le visage tourné vers le large, vers nous.

Qui est le plus surpris de cette rencontre insolite, je ne sais, mais un immense éclat de rire secoue toute la baleinière tandis que des doigts moqueurs se pointent vers le chieur solitaire.

J'admire encore le sang-froid du brave homme. Au lieu de tenter de cacher ses parties intimes, comme je crois, n'importe qui l'aurait fait par réflexe, il enfouit simplement son visage dans les mains. On peut à loisir admirer son anatomie et sa position scatologique, mais personne n'aurait la possibilité de le reconnaître par la suite.

Il continue alors paisiblement à vider ses intestins.