L'histoire de Erland Andersson-Gylden

Mon père, Erland Andersson-Gylden, Suédois, est dans le centre de la Suède en 1882.

 

Il rejoignit le corps d’artillerie dans l’armée suédoise.

 

Beaucoup de jeunes recrues de l’armée voulaient vivre l’aventure et quelques-unes étaient volontaires pour combattre les Japonais contre le plus vieil adversaire de la Suède: La Russie, lors de la guerre Russo-japonaise de 1904. Les jeunes aventuriers furent subitement informés que les japonais n’avaient pas besoin d’eux.. D’autres encore ont voulu rejoindre la Légion Étrangère pour continuer leur envie d’aventure.

 

A cette époque, les agents du Roi Léopold II recrutaient en Suède (et ailleurs) afin de combler les besoins en hommes pour administrer le nouvel état indépendant du Congo. Il y avait des tracts dans les mess des officiers demandant des volontaires pour suivre la formation de la force publique en Belgique.

 

Mon père quitta la Suède en 1906-07 pour suivre sa formation à Anvers pour la force publique mais quelqu’un lui recommanda plutôt de devenir Administrateur ce qui le poussa à changer de formation.

Il arriva à  Boma en Décembre 1907.

Il y accomplit trois mandats.

Mon père s’intéressait de près à la photographie et prit beaucoup de photos. Quelques-unes sont d’un village de cannibales Africains avec la tête des victimes  autour des huttes. (C’était aux premiers jours) Il est possible que les blancs aient forcés ces petits royaumes puissants de cesser de prendre les femmes et les hommes des villages plus faibles pour les utiliser comme esclaves ou de les engraisser pour les manger. De toutes façons, toutes ces photos (ce sont des photos anciennes) ont été envoyées à Bruxelles pour leur sauvegarde et détruites lors de la guerre de 14-18. Ensuite, mon père abandonna la photo, mais ma mère en prit beaucoup à son arrivée en 1938.

 

J’ai obtenu les rapports d’inspection de la part des Archives Africaines du gouvernement Belge,  (près de la Porte de Namur), qui semblent montrer leur gratitude envers mon père.

 

Il a exercé les fonctions d’Administrateur des Colonies jusqu’en 1920 et a reçu diverses décorations.

 

Je me souviens qu’il nous racontait beaucoup d’histoires de ses premières années au Congo. Malheureusement j’en ai oublié beaucoup. Une des plus comique dont je me souvienne était:

 

Lui, les officiels ainsi qu’une troupe de la force publique arpentaient les lieux pour en dresser la carte géographique. Il se sont arrêtes pour manger. Ils envoyèrent un des Africain chercher de l’eau fraîche à une cascade qu’ils savaient proche. Il revient avec une eau terriblement sale et imbuvable. Donc, ils le renvoyèrent  et il vint à nouveau avec cette eau sale. Mon père se fâcha et lui dit de ne pas revenir tant qu’il n’avait pas trouvé l’eau de la cascade. Quand l’Africain revint, l’eau était nettement plus claire mais quand mon père et ses collègues l’ont bue, son goût était encore pire qu’avant! L’Africain confessa qu’il est allé au même étang sale mais qu’il avait filtrer l’eau avec son vêtement plein de sueur plutôt que d’aller trouver la cascade. Tout le monde se mit à rire de son ingéniosité.

 

            Une autre encore:

 

A son poste d’Administrateur, les Africains venaient résoudre leurs litiges. Un jour quelqu’un lui amena un poulet énorme mais mon père savait que cette personne  était ami avec le sorcier (munganga) d’un village hostile. Il remercia la personne (mais il savait le cadeau empoisonné) et il envoya le poulet chez le cuisinier en lui demandant de préparer un autre poulet et de le lui amener une fois préparé. Mon père mangea le poulet devant la délégation hostile qui regardaient mon père avec le plus grand intérêt pour voir ce qui arriverait. Lorsque mon père eut terminé de manger son poulet, rien ne se passa cela aida mon père à avoir la réputation d’être insensible au poison africain (munganga). La délégation rentra dans son village inquiète car leur poison n’avait pas fait effet sur un homme blanc. Le sorcier en perdit son prestige.

 

Mon père avait la réputation d’être un homme bon au point que n’étant plus fonctionnaire, les Africains venaient encore régler leurs litiges chez lui au lieu d’aller chez l’Administrateur en place. Comme il était plus grand que la moyenne des hommes

belges, ils l’appelaient Lingonju (grand arbre en Bangala, langage similaire à Lingala)

Lorsqu’un collègue suédois aussi assez grand arriva, ils renommèrent mon père Lingonju paka (grand arbre paternel car il était devenu un vrai père pour eux)

 

Les Africains ont donné des surnoms généralement assez descriptifs à tous les européens  Un des directeurs de la plantation de  mon père avait un tempérament assez mauvais qu’il fut surnommé “la couleuvre rouge” car c’était un serpent rapide et dangereux avec un mauvais tempérament. Ma mère pensait que le directeur avait ce caractère à cause du climat et de la malaria)

 

Dans une plantation voisine il y avait des Portugais. Un d’eux était très mince et ils l’ont surnommé “mokwa pamba” (rien que des os – mon surnom aussi à Kin ndlr). Un autre Portugais arriva plus tard , il était encore plus maigre, il était surnommé “mort demain”

 

Dans les plantations, un fils d’un chef cannibale travaillait pour mon père  qui lui demanda s’il avait (c’était au tout début) déjà goûté la chair humaine. Il répondit que les femmes et les fils du chef ne recevaient que les restes et les os, les “bonnes parties” étant réserves au festin du chef, du sorcier et aux anciens du village.

 

 

 

Vers 1920, lui et d’ex-collègues employés de l’Etat ont acheté des terres dans la province de l’Equateur pour y démarrer une plantation de caoutchouc. Ses terres étaient le long des rivières Lopory et Bolombo.

Tout allait très bien jusqu’au crash boursier de 1929. Les commandes  en caoutchouc s’effondraient et les partenaires économiques quittèrent le pays pour la Belgique. Il gagnait assez d’argent pour vivre mais n’en avait plus pour autre chose. Il ne put plus payer les travailleurs Africains, mais leur proposa de continuer l’exploitation sachant qu’ils ne seraient payés que si les commandes reprenaient.  Les Africains lui firent confiance et eurent un grand respect pour lui car ils ont tous continué à travailler sans le sou durant quelques années. Les arbres à Caoutchouc ne furent plus traités durant de longues années, mais lorsque vers la fin des années 30’ la demande reprit et les arbres furent très productifs. Il avait trois plantations, l’une à Lilenga, une à Bosenge et la troisième à Lifake. Les plantations produisaient également l’huile de palme et le café.

 

 

A présent que ses affaires reprirent, il put prendre ses premières vacances en Europe après plus de dix ans. A cette époque, il était pratique courante que, revenant des pays tropicaux vers l’Europe du Nord, une période d’acclimatation de plusieurs semaines étaient nécessaire dans un climat de type méditerranéen. Il revint en Europe vers la fin 1937. Il se rendit à la Côte d’Azur, mais en entendant des tempêtes de neige, il décida de s’arrêter à Madeire où le bateau faisait escale.

 

Ma maman était également à Madeire , en convalescence suite à un souffle au Coeur. C’était au début de 1938.

 

Après quelques mois à Madeire, ils décidèrent de se marier durant l’été  et ma mère rentra en Angleterre et mon père en Belgique. (Il faut dire que mon père avait 55 ans et ma mère 25 ans)

 

Ils se marièrent à Londres en Juillet 1938. Le voyage de Noces passa par la Norvège, Suède et retour par l’Allemagne où mon père fut convaincu qu’une guerre allait éclater. (Surtout que ma mère était sure que ça n’arriverait jamais).

Il voulait seulement rentrer le plus tôt possible au Congo car il s’y savait en sécurité. Moins d’un an après la guerre éclata.

 

Ma mère donna naissance à mon frère aîné John en 1940. Pratiquement aucun Africain ne parlait le français dans les plantations, donc ma mère dût apprendre rapidement le français en même temps que le Bangala.

 

Lorsqu’un inspecteur du gouvernement vint chez eux, il remarqua que son français était bon, mais nota que le langage était plutôt masculin. Comme ce n’était pas la langue maternelle de ma mère, elle ne put faire mieux. Lorsque mon frère John commençait à parler ce fut en Bangala car il jouait avec les enfants Africains. (comme sur les photos). Ma mère trouva le climat humide insupportable et inconfortable au point que lorsqu’elle fut à nouveau enceinte elle sentait ne pas pouvoir rester au Congo. Mais ne pouvant rentrer en Europe à cause de la guerre, mes parents achetèrent un bungalow à Knysna en Afrique du Sud. Entre-temps le bébé naquit. Les Sud Africains furent surpris voire choqués qu’un bébé blanc puisse parler une langue bantoue. Ma mère et John sont restés à en Afrique du Sud, alors que mon père est retourné au Congo pour surveiller ses plantations. Une fois la guerre terminée,  la demande de transport vers l’Europe fut immense au départ de l’Afrique du Sud et principalement en direction de l’Angleterre. La plupart des paquebots de passagers étaient réquisitionnés en transport de troupes pour ramener celles-ci des fronts de l’Est. Seul un bateau de troupes fut alloué au rapatriement des civils vers l’Angleterre. SI les passagers refusaient, on leur disait qu’ils auraient à attendre encore plus longtemps. Partis de l’Angleterre, ils arrivèrent en Belgique et restèrent à Bruxelles avant d’acheter une maison dans un petit village qui s’appelle Warisy puis s’installèrent à Marcourt. ( Ces deux villages sont près de la Roche en Ardenne en province de Luxembourg)

 

 

Vers 1954, mon père vendit ses plantations lors de son dernier voyage au Congo pour  y récupérer ses affaires personnelles. En 1956 nous sommes partis dans le Sussex au sud de l’Angleterre. Mon père a conservé un flat à Bruxelles près de la porte de Namur où il décéda et fut enterré en 1969.